Méditations sur le Chemin de Croix

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Dernière mise à jour le 2015-08-12 21:00:02

Note sur le Chemin de Croix

On sait combien l’art moderne s’est préoccupé de rajeunir son expression religieuse, de la vivifier par la sincérité, en sortant des chemins battus où l’on erra pendant plus d’un siècle.
C’est ainsi qu’on vient d’ériger dans l’Eglise collégiale d’AUFFAY, un Chemin de Croix dont les tableaux ont été peints par la baronne Lotus de Païni, jadis portraitiste de la cour de Roumanie, voyageuse qui a laissé tant d’œuvres au Musée Guimet de Paris, et à celui de Lyon.
L’église d’AUFFAY est un précieux monument bien connu des archéologues, et classé par le Service des Monuments Historiques. Il était donc nécessaire de se conformer là à des règles impérieuses, commandées par l’architecture, il fallait limiter la dimension des peintures et les harmoniser cependant avec un ensemble de propositions majestueuses
L’artiste a résolument abandonné les scènes entières qui n’auraient pu contenir que des personnages minuscules où toute expression eût été annihilée, elle a synthétisé chacune des Stations par une ou deux physionomies qu’elle a su vigoureusement caractériser en revêtant la tête du Christ souffrant de tous les reflets de ses douleurs successives.
Dans chaque gamme discrète, les colorations harmonieuses et d’une sobriété voulues sont appuyées par les tons dorés d’un encadrement de bois de chêne clair en forme de croix, dessiné par Jean Hesse.

M. Fernand GUEY
Directeur du Musée de Peinture de Rouen

( Journal de Rouen du 26 nov. 1936 )

I. L'INNOCENT DEVANT PILATE

Quand je m'arrête devant cette première station de votre voie douloureuse, ô Jésus, c'est votre noble et fier visage que je contemple.

Je n'aperçois pas Pilate, cet homme coupable comme nous tous et qui osa se faire votre juge. Peu m'importe ce lâche, il ne m'intéresse guère. Mais c'est vous seul, mon Jésus, que je veux considérer, vous qui pouvez si dignement dresser la tête et proclamer votre innocence. Votre attitude doit humilier et confondre votre juge. Et je soupçonne Pilate détournant ses yeux des vôtres.

Oh ! ce regard profond, si proche et si lointain, qui semble aller au-delà du tribunal humain, et distinguer tous ces péchés que vous voulez expier, qui voit aussi tous ces coupables que nous sommes et que vous acceptez de sauver !

Alors, en notre place, ô Innocent, vous vous laissez condamner !

II. JESUS CHARGE D'UNE CROIX

Comme un vulgaire malfaiteur, vous allez suivre la route qui mène à la mort. Et vous prenez sur votre épaule la lourde croix du supplice.

Qu'elle doit peser, cette croix que vous portez, ô mon Jésus ! Votre visage douloureux m'en dit tout le poids. Cependant vous la pressez de votre main contre vous-même, comme si vous aviez-peur de vous en détacher maintenant.

Est-ce pour m'enseigner que je dois courageusement porter la mienne ?

Est-ce pour me dire de l'aimer, de m'y attacher comme à un instrument de salut ?

Mais la mienne, malgré sa lourdeur n'est qu'à la mesure de mes forces; et la vôtre est pesante du poids de toutes les nôtres.

Vous avez donc voulu nous charger de toutes les croix que nous avons méritées ?

O porteur de nos pêchés, faites que nous consentions à vous suivre dans la vois rédemptrice de votre sainte Croix !

III. PREMIERE CHUTE SOUS LE POIDS DE LA CROIX

Mon Jésus, quelle humiliation ! Tandis que les deux brigands qui vous accompagnent portent leur croix sans fléchir, vous tombez sous le poids de la vôtre.

Le courage ne saurait pourtant vous manquer, ô mon Jésus, ni la volonté de souffrir.

Mais je comprends. Vous êtes plus que les autres affaibli dans votre pauvre corps ; vous avez supporté la fièvre d'eau et de sang pendant votre agonie, vous avez déjà subi la saignée de votre dos par la flagellation et de votre tête par les épines. Vous êtes à bout de force.

Elles sont donc trop lourdes, toutes nos croix dont vous êtes chargé avec la vôtre, ô mon Jésus.

O grand Humilié, pourquoi ne sommes nous pas plus courageux pour les porter nous-mêmes ?

IV. LA MERE DOULOUREUSE

En vous contemplant dans cette station, mon Jésus, mon cœur se sent tout remué, et mes yeux se remplissent de larmes.

Quoi, parmi cette foule qui hurle de joie en vous voyant souffrir, qui vous insulte et vous nargue, un être humain a pu passer qui avait un cœur compatissant !

Et c'est votre propre mère ! Quelle force peut-il y avoir dans le cœur des mères pour tout braver et pour consoler et aimer jusqu'au bout !

Pauvre mère, son regard vous scrute. Est-il possible que ce soit là mon fils ? Faut-il que les hommes soient méchants et ingrats ? Et aussi que le péché soit immonde ?

Et vous, ô mon Jésus, vous êtes comme tout honteux de vous présenter en cette lamentable posture. On dirait que vos yeux n'osent même plus regarder la Mère bien-aimée dont vous percez le cœur!...

Et vos lèvres à tous deux demeurent muettes comme dans les grandes souffrances. Vous auriez trop de choses à vous dire, et vous ne le pouvez même pas ! Et vous souffrez l'un pour l'autre... et aussi à cause de moi !

V. L'AIDE DU CYRENEEN

Devant l'épuisement de vos forces, mon Jésus, la cohorte qui vous conduit au supplice fait appel à un tâcheron qui passe. Et je vois sa main, robuste et compatissante, qui vous apporte l'aide nécessaire.

A-t-il su ce qu'il faisait alors, cet homme, quand sa main venait soutenir votre épaule défaillante ? Lui, l'Ouvrier, aurait cet honneur de suivre de plus près Celui qui s'était fait son compagnon de travail, « le fils du Charpentier » !

O Cyrénéen, as-tu compris la grandeur de ta vocation : devenir l'auxiliaire du Christ souffrant pour te sauver et sauver tes semblables !

O Dieu fort, qui appelez les hommes à votre secours ! Vous nous voulez comme collaborateurs dans l'acte de votre Rédemption. Vous nous montrez qu'il y a une place pour nous, tout prés de vous, à l'ombre de votre croix.

Mais si je comprends bien moi-même, ne serait-ce pas plutôt pour m'aide à porter la mienne ?

VI. JESUS IMPRIME SES SOUFFRANCES

Qu'il doit faire pitié, votre si doux visage, ô Jésus qu'il doit faire pitié, pour qu'une femme ait l'audace de rompre le cordon de soldats et vous tende son voile, afin d'essuyer votre face endolorie, ruisselante de sueur et tâchée d'une poussière sanguinolente !

A ce geste de courage et de bonté vous répondez, mon Jésus, par un miracle. Vous imprimez sur ce linge, jusqu'ici sans valeur, l'image de toutes les souffrances que vous avez endurées.

Véronique emportera donc le trésor le plus précieux, votre saint Face couronnée d'épines, comme on garde jalousement l'empreinte d'un visage aimé qu'on ne reverra plus.

Et je contemple maintenant ce « memento » de vos souffrances. Je voudrais l'imprimer dans mon propre cœur. Mais je veux encore plus, ô mon Jésus, m'en souvenir à l'heure des tentations et des épreuves.

VII. DEUXIEME CHUTE SOUS LE FARDEAU DE NOS PECHES

Ce n'est plus le poids de l'arbre qui vous fait de nouveau tomber, ô mon Jésus. Aussi bien, le Cyrénéen est là qui vous aide ; et n'avez-vous pas comme déchargé une partie de vos souffrances sur le voile de la compatissante Véronique ?

Votre prostration se fait plus profonde cependant. Et voici que je sens maintenant que c'est le fardeau de nos péchés qui vous accable ainsi. Ils sont si nombreux, et si graves, et nous n'en avons même plus toujours conscience tant l'accoutumance à les commettre nous porte à les oublier.

Mais vous, vous les connaissez, nos impertinences envers Dieu, notre orgueil fou et nos vanités, nos lâchetés et nos hypocrisies, notre idolâtrie de l'argent, nos duretés et nos haines, nos jalousies et nos vengeances, notre luxure et notre paresse, notre égoïsme inhumain... Oui, vous connaissez tout cela et vous en savez la gravité. Et c'est cette charge monstrueuse de nos péchés que vous voulez supporter et qui vous anéantit à ce point.

Et nous, nous ne pouvons que crier vers vous, pour que vous nous aidiez vous-même à les expier et à nous en libérer !

VIII. LA PITIE DES SAINTES FEMMES

Excepté Jean, je ne vois pas d'apôtres dans votre montée au Calvaire. Mais des femmes vont vous suivre. Les hommes ont-ils parfois moins de courage, ou bien les tolère-t-on moins auprès de la souffrance ?

Qu'elle est admirable l'expression de ces femmes qui se tiennent sur votre passage ! Vont-elles parler, vous crier leur compassion, supplier la foule de cesser sa clameur de haine ?

Non, leurs lèvres paraissent se clore tout ensemble de surprise et d'émotion. Leurs yeux attentifs se fixent sur vous, l'Homme douloureux, qui daignez leur parler, et qui trouvez assez de force pour les consoler.

Et les traits de leurs visages se détendent. La paix descend dans leurs âmes qui recueillent la douceur de votre message, et leurs mains crispées de tendresse et d'appréhension se croisent déjà dans un geste de prière.

Suis-je capable, ô mon Jésus, de leur ressembler, et de vous aimer autant qu'elles ?

IX. TROISIEME CHUTE ECRASE SOUS LES PECHES DU MONDE

Comme j'ai grand peine, ô Jésus, de vous voir tomber encore, et comme vous me paraissez pitoyable, votre tête couchée sur votre bras comme pour baiser la terre ! Oui, le fardeau devient trop lourd, et vous êtes accablé, écrasé cette fois sous tous les péchés du Monde.

Ce sont eux, en effet, que vous expiez, depuis celui d'Adam jusqu'au dernier qui sera commis par le dernier vivant. Et le miens sont du nombre !

Oh ! cet ouvrage de l'homme qui démolit celui de Dieu, ce désordre jeté parmi l'œuvre ordonnée et splendide du Créateur, cette insulte permanente envers la suprême Bonté, cette révolte insensée qui monte vers le Père, c'est tout cela qui vous presse et vous broie, ô mon Jésus !

Et notre terre est comme imprégnée de pêchés. Est-ce pour la purifier de votre souffle divin que votre face la touche ? Est-ce pour la laver que vous l'imbibez de votre sang ?

Ou bien, n'est-ce pas pour effacer jusqu'à la trace de nos pas criminels que vous la baisez, comme le Père baiserait les plaies de l'enfant prodigue, pour les guérir !

X. JESUS DEPOUILLE DE SES VETEMENTS

Oh ! la main de ce bourreau qui arrache cruellement votre robe !

Il ne prend pas garde que votre corps est tout meurtri, ni qu'il vous fait souffrir dans votre propre chair et dans votre dignité d'homme. Accoutumance du métier ! il dépouille ; il palpe l'étoffe dont une part doit lui revenir.

Ce faisant, il ne pense guère qu'il accomplit votre volonté de total sacrifice, ô Jésus. Vous aviez voulu tout nous donner, vous aviez renoncé à tout. Il ne vous restait que cette tunique : vous acceptez même de vous en séparer.

Comprenons-nous cette leçon, nous, les égoïstes, les avares, les attachés aux appétences charnelles, les affamés d'honneurs et de vanités, les coureurs de chimère ?...

Donnez-moi cette force du renoncement, ô mon Jésus, pour que pleinement libéré, je sois totalement à vous !

XI. JESUS CLOUE SUR LA CROIX

Quel supplice infamant on vous fait souffrir, ô mon Jésus ! On va vous attacher sur la croix. Et je vois ici quatre mains, mais combien diverses et combien expressives !

Un valet, habitué à cette besogne, serre votre bras dans l'étau de ses deux mains affreuses. Il l'étreint, pour qu'il ne se rétracte point sous l'atroce douleur. Peine inutile, vous êtes l'Agneau sacrifié, et vous avez accepté de souffrir en silence.

Et voici la main rougie du bourreau, qui tient l'horrible clou. Il connaît bien son métier ; il tâte entre les os la place exacte pour ne pas gâter sa besogne, et il enfonce, ô douleur ! dans votre main sacrée, le fer qui l'ensanglante...

O douce main de mon Jésus, vous qui n'avez su que caresser, que travailler, que bénir, main qui avez pardonné et guéri, main qui avez commandé aux flots et à la mort, qui avez multiplié les pains, qui avez consolé la pauvreté et la douleur et qui n'avez maudit que le Mal, main humaine de mon Jésus et main divine de mon Christ, laissez-moi vous adorer, laissez-moi humblement vous baiser !

XII. MORT POUR TOUS LES HOMMES

O mon Jésus, j'arrive au point culminant de votre sacrifice. Et mon âme s'émeut en vous voyant suspendu sur cette croix, dans la grande désolation de votre dernier soupir.

Il n'y a qu'un instant, vous regardiez encore d'un suprême regard votre douloureuse Mère, la grande Associée de notre Rédemption. Puis vos lèvres prononçaient une dernière parole d'amour et de pardon.

Je sens maintenant que tout est consommé. Dans une ultime crispation de votre corps, vous avez jeté un cri déchirant vers votre Père, et votre tête saint est retombée sur votre poitrine. Vos muscles s'abandonnent, vos yeux se sont voilés, vos paupières sont closes, et vos lèvres tristement entr'ouvertes.

Serait-ce donc un homme qui meurt à cause de ses crimes que nous contemplons ainsi ?

Non. Je sais, mon rédempteur, que vous étiez l'Innocent. Et je sais aussi que c'est pour moi que vous êtes mort, et pour nous tous, à cause du mal que j'ai fait, à cause du mal qui se fait dans le monde.

Devant tant de dévouement et tant d'amour, laissez-moi, ô Expiateur souverain, vous adorer et vous aimer. Plus encore que les héros et les saints, n'êtes-vous pas véritablement Celui qui est « Mort pour les Hommes » ?

XIII. JESUS REMIS A SA MERE

Et maintenant que votre sacrifice est consommé, mon Jésus, je veux vous suivre encore.

On vous a détaché de la croix et votre cadavre est remis à votre Mère.

Mais quelle émotion me prend en contemplant ce tableau ! Votre corps se tient droit, comme debout. Serait-il encore vivant ?

Pauvre Mère qui parais encore en douter ! Oui, c'est bien ton Fils, et voilà en quel état ils l'ont mis, les hommes, ces méchants, cette foule haineuse. Mais regarde bien, vois son triste visage de mort, son teint cadavérique, sa fixité rigide, ses yeux qui semblent pour toujours fermés !

Qu'elle est loin, la douce vision du bel enfant de Bethléem que vous berciez sur votre sein ! Et pour l'ensevelir vous allez doucement poser sur vos genoux maternels le corps exsangue et froid de votre Jésus...

Est-ce parce que c'était trop grand d'être la Mère d'un Dieu qu'il vous fallut tant de souffrance compensatrice ? Ou n'avez-vous pas plutôt accepté que votre cœur fût percé comme celui de votre Fils pour ne l'ouvrir qu'afin que je m'y réfugie.

XIV. JESUS ENSEVELI DANS LE TOMBEAU

Une dernière fois votre mère a baisé votre front glacé et regardé votre visage inerte. La main qui, jadis vous couvrit pieusement de langes, ô Jésus, qui tissa votre tunique sans couture, vient de ramener le suaire sur votre corps rigide.

Est-ce donc bien fini ? Et tous nos espoirs s'écrouleraient-ils avec votre ensevelissement ?

Non. Votre corps ne repose dans le tombeau que pour en sortir glorieux, rayonnant, vivant à jamais dans une résurrection éternelle, gage de la nôtre.

Car moi aussi, je devrai mourir. Mon corps subira la corruption de la tombe. Mais je crois qu'un jour, qu'il a communié à votre propre corps, dans votre vie, dans votre passion, dans votre mort, il resplendira vivant, transformé, parce que je sais, mon Rédempteur, que vous êtes la Vie, et que vous la redonnerez à ceux qui vous auront aimé jusqu'à la fin.

Ainsi soit-il !